Edmund Alleyn: Schémas techno,1966-67

Cher Roger,

J’espère que la vie te porte et te traite bien.

J’ai eu hier une petite voix qui m’a soufflée ton nom.

En voyant les œuvres « technologiques » de mon père, qui résonnent comme jamais avec notre curieuse époque, me suis demandée si tu aurais la même pulsion que moi. 

En tous cas, il me ferait plaisir de te les montrer.  

De réfléchir à quelque chose.

Voilà, la vie qui va.

Au plaisir de te lire,

Jennifer

 

Chère Jennifer,

Il y a des années lumière depuis notre dernière rencontre et davantage d’années et de lumière depuis qu’Edmund a réalisé ces tableaux.  J’ignore la dimension de celui-ci, mais il est intéressant comme plusieurs autres de cette période.

Je me souviens d’en avoir regardé par la vitrine d’une galerie à Paris, lorsqu’ils furent exposés, je crois, la première fois. (Etait-ce blvd. St-Germain?)  J’y suis retourné le lendemain et aurais donné cher pour “rencontrer l’artiste” - Quand j’ai raconté cela à ton père il m’a dit: “J’aurais donné cher moi aussi à cette époque pour rencontrer quelqu’un comme toi qui se collait aux vitres le soir pour voir mes tableaux, et qui retournait pour mieux les voir le lendemain”.

C’était alors.  Ton intuition me surprend peu; c’est souvent comme ça que les choses arrivent en art.

Quand on est artiste, c’est nécessaire.

Roger

 

Cher Roger,

Ta missive a mis plus de 30 jours à me rejoindre.

Elle s’est perdue dans l’espace.

Mais l’attente en a valu la peine.

C’était peut-être la vitrine de la galerie Blumenthal-Momatton, qui montrait ces tableaux, et qui je l’ignorais s’était inscrite de façon si prégnante dans ta mémoire.

Ton flair est bon. 
Ce tableau est très grand. 
Il fait 199 cm x 447 cm.

J’en arrive à penser à une boucle. À un cercle complet.

Où l’homme dématérialisé de 1967, rêve encore aujourd’hui d’une appartenance, d’un espace où se déposer. Pour échapper au flottement.

On ne survivrait pas sans l’art.  

J